Suspecté de terrorisme, il est au milieu des autres détenus de la prison de Bourg-en-Bresse

Radicalisé, fiché S au seuil le plus haut, un prévenu soupçonné d’avoir projeté de commettre des attentats à Lyon vient d’être transféré à la prison de Bourg. Seul hic, il est placé en régime dit classique. Autrement dit, au milieu des autres détenus. Une situation tendue que dénoncent les syndicats de la pénitentiaire. Semaine dernière, Karim Bekhaled a obtenu son transfèrement en Rhône-Alpes pour « rapprochement familial ». Une décision, selon la direction de l’administration pénitentiaire, qui s’est faite « dans les règles habituelles ». Autrement dit avec l’autorisation du juge d’instruction antiterroriste de Paris, qui a la main sur ces dossiers. Et qui a répondu au Progrès « qu’aucune déclaration ne se fera sur les dossiers en cours. »

« En contact avec les autres en promenade, au sport » Ce mardi matin, le natif de Meyzieu (Rhône) devait passer du quartier arrivant à la maison d’arrêt de Bourg-en-Bresse en « cellule individuelle ». « Il y est et y restera », promet la direction de l’administration. Qui dit cellule individuelle, dit aussi régime de détention classique. Une décision qui offusque les surveillants du syndicat majoritaire Ufap-Unsa .

« Il est connu pour prosélytisme. En cellule individuelle, il va être en contact avec les autres détenus dans la cour de promenade, pendant les activités sportives, au culte. C’est une aberration ! Comment va-t-on empêcher qu’un individu aussi dangereux rayonne sur les autres et les embrigade ? », s’indigne Romain Bernier, secrétaire adjoint à l’Ufap de Bourg-en-Bresse. « C’est une situation qu’on ne peut pas gérer alors qu’il nous manque une soixantaine de personnels, ajoute Stéphane Pieltant, secrétaire de l’Ufap de l’Ain. Il n’y a qu’une seule solution viable, c’est le couper totalement du reste de la population carcérale, le mettre à l’isolement. On ne comprend pas la décision de l’administration. »

Sans compter qu’« il y a des trous dans les caillebotis assez gros pour laisser passer une télé ! On peut y passer n’importe quoi », alertent ces surveillants. Autre problème, le rapport avec les surveillantes. « À l’enregistrement au greffe de la prison, c’est un personnel féminin qui lui a pris ses empreintes, il ne la regardait pas, ne lui répondait pas. Et il continue à agir de la sorte avec les femmes. »

En réponse aux inquiétudes des surveillants sur leur propre sécurité et celle des autres détenus, l’administration pénitentiaire assure que « l’accompagnement de Karim Bekhaled a été confié à un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation doté d’une fine connaissance du phénomène de radicalisation. Il l’a d’ailleurs déjà rencontré. » Et ajoute : « Bourg fait partie de la liste de 50 établissements disposant d’une structure adaptée pour accueillir des personnes détenues radicalisées. Le programme de formation de l’ensemble des personnels de Bourg-en-Bresse sur la radicalisation a été engagé et se met en place. Vingt-six cadres de l’établissement étaient présents aux premières sessions de formation, d’autres auront lieu en septembre et en octobre. » En attendant, l’ensemble des agents n’est pas formé. Et d’autres détenus radicalisés devraient arriver dans les prochains jours.