1er mai 2017 – Rassemblement francilien Discours de Luc Bérille, Secrétaire Général de l’UNSA

Cher(e)s ami(es),

En ce 1er mai, nous voici à 6 jours seulement du second tour de l’élection présidentielle. Et si nous avons décidé ensemble d’organiser ce rassemblement, c’est que nous voulions d’abord y faire entendre un message, et un message clair et net.

Quand une candidate, Marine Le Pen, porteuse avec son parti, le Front National, d’un projet autoritaire, discriminatoire et nationaliste, remettant en cause les bases-mêmes de notre démocratie républicaine, postule à accéder au cœur du pouvoir d’Etat, il n’y a alors qu’une urgence, qu’une exigence démocratique absolue : lui faire barrage!

Des expressions sur ce 2nd tour, nous en avons entendu beaucoup dans le débat public ces derniers temps avec, parfois, des tours et des détours alambiqués, des pudeurs de vocabulaire soudaines, dont je ne sais s’il faut les qualifier de pudeurs de gazelles. Mais une fois débarrassés de ces ronds de jambe et de ce fatras de mots, ce que nous savons tous, c’est qu’en matière électorale, le 7 mai, au bout du compte, tout se résumera à une vérité mathématique: quel pourcentage pour l’un et quel pourcentage pour l’autre. Et pour que celui de Marine Le Pen soit non seulement en dessous des 50 % mais le plus loin possible derrière, et c’est notre objectif à nous, UNSA, comme à vous tous ici, il n’y a qu’une méthode:

-pas l’abstention, non, mais le vote ;

-pas le vote nul ou blanc, non, mais le vote avec le bulletin Macron.

Car tout le reste, ce serait laisser à d’autres son pouvoir de décision et laisser finalement le champ libre au Front National.

Alors, j’entends certains qui nous disent: «Mais, de toute façon, Marine Le Pen ne sera pas élue». Mais qu’en savent-ils? J’en entendais aussi qui, avec la même assurance,disaient que, de toute façon, les Britanniques ne voteraient jamais le Brexit, que Donald Trump ne serait jamais élu président des Etats Unis, qu’évidemment François Hollande se représenterait tout comme Nicolas Sarkozy, qu’il n’y avait aucun doute sur Alain Juppé comme vainqueur des primaires de la droite et du centre et futur président de la République, ou encore que, finalement, ce serait dans la poche pour François Fillon... Mais que reste-t-il aujourd’hui de tous ces pronostics autorisés et péremptoires, formulés par des spécialistes autoproclamés? Et ce sont les mêmes, alors que 700000 voix seulement séparaient les candidats Macron et Le Pen au soir du 1er tour, qui nous parlent aujourd’hui d’un résultat garanti le 7 mai prochain?

Eh bien pour nous, il n’en est rien. Et de prise de risque, lorsque c’est la préservation du cadre démocratique de notre République qui est en jeu, nous n’en voulons aucune. Et c’est pourquoi nous nous engageons aujourd’hui aussi fortement.

Cette prise de position n’est pas habituelle pour une organisation syndicale comme l’UNSA qui compte en son sein des adhérents de sensibilités politiques personnelles très diverses. Dans un duel électoral opposant des candidats relevant du champ démocratique et républicain, nous n’avons jamais, au plan syndical, donné quelque consigne de vote que ce soit, renvoyant chacune et chacun à ses propres choix citoyens.

Mais il ne peut en être de même vis-à-vis du Front National dont les orientations, si elles devaient être placée au sommet de l’Etat, sortiraient notre pays de son cadre démocratique et percuteraient les valeurs qui nous ont fondés en tant que syndicat.

Non, le Front National n’est pas une solution. Aux salariés, aux citoyens qui le pensent, et il y en a parfois dans nos rangs, nous disons qu’ils se font abuser. •

Efficace pour l’emploi de se barricader derrière nos frontières nationales? C’est oublier qu’interdire ou rendre quasi-impossible l’entrée en France, c’est s’exposer aux mêmes mesures à notre encontre de la part des pays qui le subiraient. Le pas d’entrée, c’est aussi pas de sortie : cela le FN ne le dit pas. Combien d’emplois supprimés si ce qu’on fabrique ne peut plus s’exporter? Oui, il faut défendre l’emploi mais par une meilleure réglementation nationale et internationale, une meilleure formation, des nouveaux droits!•

Efficace pour la protection sociale d’instaurer la préférence nationale ? Mais plus le champ des cotisations est étendu, plus on dispose d’argent pour les malades qui en ont besoin. Réserver la Sécurité Sociale aux Français, ce serait la solution ? Quoi, votre collègue de travail, sa famille, seraient, dans notre pays, interdits de soins parce qu’ils seraient étrangers? Mais, en plus, on priverait de leurs cotisations les caisses de Sécurité Sociale et, celle-ci disposant du coup de moins d’argent, on pourrait mieux soigner les Français ? A vous salariés, à vous assurés sociaux, je vous le dis : c’est un mensonge doublé d’un scandale humain! Oui la Sécurité Sociale peut et doit être plus efficace mais par une meilleure organisation du réseau de soins, par une meilleure gestion incluant davantage la prévention! •

Efficace de quitter l’Europequand la mondialisation s’étend, quand le réchauffement climatique et la question écologique ont une dimension évidemment planétaire ? Prétendre qu’une France isolée face à la toute puissance d’Etats continents serait plus efficace, c’est encore un mensonge et une tromperie. Oui, l’Europe va mal mais il faut la changer pour plus de social, plus d’écologie, plus d’harmonisation fiscale et économique, pas pour en sortir!• Et puis, enfin, efficace pour la France, le pays des droits de l’homme, cette laïcité à la Le Pen qui ne sert pas à garantir à chacun sa liberté de conscience, mais en fait à pointer du doigt les juifs et les musulmans ? Efficace pour le vivre ensemble cette obsession de désigner l’étranger comme un bouc émissaire responsable de tous les maux ? Non, là encore, Madame Le Pen vous ment : monter les Français les uns contre les autres, ne plus voir les citoyens à travers une égalité de leurs droits mais à travers l’inégalité de leurs origines, de leurs religions c’est affaiblir la France et créer le ferment de la division et de l’affrontement!

Alors, oui, voilà nos raisons syndicales à l’UNSA d’être présents aujourd’hui. Le Vote Macron, ce n’est pas pour nous l’adhésion au programme de ce candidat. Nous ne renions rien de notre indépendance d’action et de revendication et nous saurons le montrer si nécessaire. Non, c’est le moyen de se prévenir de l’arrivée au pouvoir d’un extrémisme politique qui serait désastreux pour les salariés comme pour le pays!

Alors, le 7 mai, tous aux urnes et un bulletin à y mettre, celui d’Emmanuel Macron, pour faire barrage à Marine Le Pen!